Le mardi 7 juin 2022

Inclusion : Anne-Sarah Kertudo, changer le regard sur le handicap !

Le problème n’est pas le handicap, mais le regard qu’on porte sur lui.

Avec des moyens financiers suffisants et un entourage affectif solide, sa vie n’est pas « empêchée » par ses handicaps. « Le problème n’est pas le handicap, mais le regard que l’on porte sur lui ! », affirme Anne-Sarah Kertudo.

Cette grande femme de 49 ans, aux yeux immenses, malentendante depuis l’adolescence, est devenue progressivement aveugle jusqu’à perdre tout à fait la vue en 2017 mais mène de front plus d’activités que la plupart des voyants.

Mère de deux enfants, elle dirige l’association Droit Pluriel qu’elle a fondée en 2009, à l’origine pour sensibiliser le milieu judiciaire aux difficultés d’accès à la justice pour les sourds. Mais ne lui dites pas qu’elle est « exceptionnelle » : ce serait « à côté de la plaque » vous renvoie-t-elle : elle fait tout ça par plaisir.

Permanence juridique en langue des signes (LSF)

Après avoir assuré pendant 10 ans une permanence juridique pour les sourds, en LSF, afin qu’ils puissent se faire entendre de la justice, elle s’est battue pour la venue d’un interprète en LSF dans les prétoires, dès lors qu’une affaire concerne une personne sourde qui pratique cette langue.

Mais la perte de la vue lui ferme l’accès à ce langage gestuel. « Il a fallu tout réapprendre : se déplacer chez soi, dans la rue, s’habiller, se maquiller, cuisiner, travailler, communiquer…  » raconte-t-elle.

Elle s’investit alors pleinement dans Droit Pluriel et son combat s’élargit à la lutte contre l’« Handiphobie ». « On parle d’homophobie, mais le handicap subit le même tabou que l’homosexualité. Alors que c’est banal : une personne sur 6 est concernée par un handicap, physique, cognitif, psychologique », insiste-t-elle.

Inciter au coming-out

Elle qui a longtemps caché sa surdité à l’école veut inciter chacun à faire un « coming out » sur ses handicaps. Et les entreprises et institutions, à y prêter attention, comme un fait courant et naturel.

Par exemple en demandant si tout le monde entend bien avant de commencer une réunion, sachant que la surdité affecte 9 % des 25-44 ans et 18 % des 35-44 ans par exemple. Ou en s'enquérant, avant de donner rendez-vous à un candidat pour un entretien, de ses éventuelles difficultés d’accès.

Anne-Sarah Kertudo estime que l’accessibilité des postes de travail pour les cas de handicaps sensoriels s’est améliorée, grâce à de nombreux outils techniques. Mais les handicaps invisibles restent ignorés, et le regard sur le handicap reste dévalorisant, regrette-t-elle.

Le combat de cette juriste éprise de justice, pour la reconnaissance du « handicap comme un droit humain, et pas une affaire de charité ou de gentillesse » est loin d’être achevé.

 

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